On peut avoir la plus grande inquiétude quant au sort qui sera réservé aux familles pauvres après le 15 mars qui marque la fin de la trêve hivernale des expulsions locatives.
Avec la remise en cause insidieuse de la loi SRU et l’adoption du Contrat Première Embauche, le gouvernement durcit sa politique pour les plus fragiles. Toutes les associations en témoignent et le rapport 2006 de la fondation Abbé Pierre est venu à point nommé pour souligner, à l’inverse des décisions prises par le gouvernement, l’urgence de construire de nouveaux logements sociaux et l’utilité de renforcer la loi SRU.
A quelques jours du 15 mars le Parti socialiste appelle solennellement le gouvernement à se pencher au chevet des plus fragiles et, dans le contexte actuel de crise sociale et de crise nationale du logement, appelle :
* au retrait de l’amendement Ollier de la loi « Engagement National pour le Logement » qui remet en cause la loi SRU
* une nouvelle politique de l’habitat plus juste
Voici en complément un article paru le 11 mars dans le journal Libération :
De loyers en expulsions, les chiffres jouent à la hausse
Les procédures engagées par les bailleurs ont augmenté de 37 % en cinq ans.
Par Tonino SERAFINI
samedi 11 mars 2006
Fin de l'hiver et, le 15 mars, fin de la trêve pour les locataires en difficulté et faisant l'objet d'un jugement d'expulsion. Plusieurs associations oeuvrant dans le domaine du logement et des partis politiques de gauche vont manifester aujourd'hui à Paris (lire ci-dessous) pour exprimer leur opposition à ces évictions par la force publique qui pourront reprendre à partir de mercredi. «L'expulsion est une violence qui jette les gens dans la spirale de l'exclusion et de la grande précarité», écrivent dans un communiqué ces organisations.
Poussée. Dans les milieux du logement, l'inquiétude est très vive au vu de la hausse considérable des actions judiciaires pour impayés de loyers engagées par les propriétaires qui veulent expulser leurs locataires. Selon les statistiques du ministère de la Justice, 133 305 procédures ont été engagées par les bailleurs en 2004 (dernier chiffre connu) contre 97 429 en 1999, soit une hausse de 37 % en cinq ans. Les associations de locataires relèvent que cette poussée du nombre des actions judiciaires correspond à une période marquée par une envolée des loyers bien supérieure à l'évolution du coût de la vie.
Les chiffres publiés par l'Observatoire des loyers de l'agglomération parisienne (1) sont édifiants : 5,2 % d'augmentation des loyers en moyenne en 2002 dans le secteur privé à Paris, 4,2 % en 2003 et 4,4 % en 2004. Sur ces cinq dernières années, la hausse cumulée atteint 22,2 % dans la capitale contre une inflation de 8,9 %. Les autres grandes villes suivent un rythme à peine moins soutenu. En 2004, les loyers ont progressé de 4,4 % à Lyon et à Aix-en-Provence, de 4 % à Toulouse, de 3,8 % à Bordeaux ou encore de 3,6 % à Lille.
«Déjà premier poste de dépense dans le budget des ménages, la part du logement ne cesse de grossir puisque les loyers évoluent à un rythme deux fois supérieur à l'inflation», constate Jean-Pierre Giacomo, le président de la Confédération nationale du logement, la plus grosse association de locataires. «La charge logement n'est pas compressible comme les loisirs, ou même la nourriture. Lorsqu'on n'y arrive plus, on ne peut pas dire à son propriétaire "je ne vous paye que trois semaines".» Sous entendu : au-delà des familles ayant des revenus précaires, l'impayé touche désormais aussi des ménages bénéficiant de revenus stables, mais ne parvenant plus à joindre les deux bouts. D'autant que la revalorisation des allocations logement ne suit plus du tout le rythme de l'évolution des loyers.
Incidents. «Il faut bien que les gens se logent. Ils prennent le logement qu'ils trouvent aux loyers du moment. Mais quelques mois plus tard, ils n'arrivent plus à faire face», affirme Jean-Baptiste Eyraud, le président de Droit au logement (DAL). Il redoute les effets de cette hausse des procédures judiciaires pour impayés, qui «se solderont inévitablement par davantage d'expulsions dans les mois à venir». Des locataires en difficulté quittent leur logement avant même que ne surviennent des incidents de paiement. Conséquence : selon divers bailleurs, le turnover des locataires est à la hausse dans le secteur privé.
(1) Organisme mis en place par les pouvoirs publics pour mesurer l'évolution des loyers. Il publie un dossier annuel.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=366209