Tribune libre – Didier Arnal - Congrès du Mans 2005
Un projet de Gauche pour réformer la Société »
Les socialistes vont tenir un nouveau congrès, à quelques mois d’échéances présidentielles, législatives, municipales et cantonales qui vont engager durablement l’avenir de notre parti et des français notamment ceux qui souffrent de la droite. Ce Congrès doit être l’occasion d’un sursaut pour gagner contre la droite. Ce congrès peut être utile s’il est maîtrisé.
L’essentiel est, le fond, le débat politique.
Je ne parlerai pas de tout, car la politique impose de choisir des priorités.
Une nouvelle fois, nous avons à redéfinir et à préciser notre projet et nos choix. Il ne faut ni s’en désoler, ni s’en alarmer. L’histoire du socialisme ne peut être séparée de l’évolution de notre société : de ses combats, de ses réussites, de ses échecs, de ses aléas. Elle est, par essence, une succession de phases de débats, de réflexion, d’adaptation de la pensée aux exigences du temps présent et de phases de conquête de l’opinion puis d’actions gouvernementales.
L’idéal socialiste est depuis longtemps fixé : celui d’une société de justice, de paix où la richesse est équitablement partagée, où chaque être humain dispose de moyens pour vivre dignement (travail, logement, santé…) et pour s’épanouir (éducation formation, culture, loisirs).
L’idéal socialiste s’appuie aussi sur la notion de progrès, celui des conditions de travail comme celui des connaissances scientifiques du progrès économique et social. Le contenu même de cette dernière semble aujourd’hui plus flou qu’hier, son acceptation traditionnelle étant remise en cause par la montée des individualismes, les évolutions culturelles, l’affaiblissement de nos systèmes d’organisation sociale. Il nous revient de redonner corps à l’idée du progrès social en y intégrant l’ensemble des aspirations nouvelles : autonomie, environnement, qualité de vie…
Notre rôle est d’ouvrir des perspectives. La Gauche échoue lorsqu’elle n’est plus capable, non pas de proposer la lune, mais des avancées concrètes en matière de conditions de travail, de niveaux de vie, de qualité de vie. Elle échoue lorsque les idées nouvelles, des bons projets, sont mis en œuvre uniformément sans tenir compte des réalités et des contradictions du terrain. Elle échoue lorsque l’ascenseur social ; c'est-à-dire l’espoir pour chacun de voir sa vie s’améliorer et celle de ses enfants être plus épanouissante, est en panne.
La force du Parti Socialiste et de la gauche à toujours été de concilier dans son projet les deux fondements du dynamisme d’une société : la solidarité et la créativité.
C’est sur la base d’un tel projet que nous pouvons retrouver l’adhésion de tous ceux qui représentent l’assise de la gauche. L’urgence est bien de tracer un nouvel horizon pour la France et l’Europe, de construire un projet de gauche audacieux et réaliste.
Le projet doit avoir parmi ses priorités la lutte contre le chômage et toutes les exclusions, qu’il s’agisse du logement, du savoir, de la culture et de la santé, d’une part, et la place et le rôle de l’Etat, d’autre part.
Parce que de plus en plus de français sont touchés par ces difficultés ou craignent de l’être c’est toute la cohésion sociale de notre pays qui est menacée et chacun de nous concerné. Le « non » massif au référendum du 29 mai sur le traité constitutionnel européen a mis en évidence cette « peur sociale » massive du chômage, de la précarité, des délocalisations et un sentiment très fort de déclassement social qui ont abouti à une contestation radicale de l’Europe. Le chômage et l’exclusion constituent pour la gauche la nouvelle question sociale. Face au risque de dislocation sociale, à la menace de régression nationaliste, au péril de la crispation populiste alimentée notamment par Sarkozy, on ne s’en sortira qu’en renforçant la cohésion de la collectivité nationale, qu’en recréant, au sens littéral du mot, une société de « sécurité sociale », qu’en renforçant le principe de solidarité responsable en tournant le dos à l’assistance.
La droite depuis 2002, sur les principales réformes, n’a alterné qu’entre recours aux vieilles recettes idéologiques et politiques clientélistes (privatisations, concentrations des médias, dispositifs sécuritaires…).
- Avec une politique économique à contretemps plus de 300 000 chômeurs sont venus s’inscrire à l’ANPE et le chômage de longue durée s’est aggravé. Ainsi dans notre département, le nombre de RMISTES a gravement augmenté.
- La décentralisation UMP ne sera finalement qu’une liquidation pour solde de tout compte : un transfert de nouvelles charges aux régions et aux conseils généraux sans leur donner les moyens d’y faire face.
- La politique de la santé s’est surtout traduite par une diminution des prestations et notamment des remboursements et dans un même mouvement, par une hausse inquiétante des déficits.
-La politique de la ville s’est surtout caractérisée, pour l’instant, par des effets d’annonce avec une crise du logement sans précédent depuis l’après guerre, crise que les élus locaux peuvent malheureusement constater tous les jours leurs permanences.
Les Français attendent de nous davantage, notamment pour une politique responsable et volontaire contre le chômage et les exclusions et par une redéfinition de la place et du rôle de l’Etat.
En effet, nous ne pouvons accepter l’idée selon laquelle il n’y aurait définitivement plus suffisamment d’emplois, alors que tant de besoins ne sont pas satisfaits dans l’industrie, le bâtiment, les nouvelles technologies et les services. Des besoins réels existent. Mais, des besoins sont insatisfaits parce que, dans la seule logique du marché, ils ne sont pas complètement rentables. C’est à l’Etat de faire en sorte que ces emplois deviennent solvables.
Alors, il faudra prioriser certaines dépenses. Bien sûr, celles qui favorisent l’insertion et encouragent activement l’emploi plutôt que passivement l’indemnisation du chômage. Mais il faut aller plus loin et donner concrètement la priorité à tout ce qui permet l’accès pour les plus fragiles au système de santé et la couverture de tous les risques, en particulier, ceux liés à la dépendance (personnes âgées, personnes handicapées). Il convient également d’opérer un effort sans précédent pour le logement accessible à tous.
De même il faut s’atteler à reprendre la rénovation de notre système éducatif et notamment le soutien au plus de 80 000 jeunes par an en situation d’échec scolaire, un effort dans les quartiers difficiles, l’accès à tous à l’enseignement supérieur. Tout ceci en lien étroit avec les 20 régions de gauche et les conseils généraux. En effet, rien de cela ne se fait tout seul. Tout ne dépend pas du seul volontarisme de l’Etat. C’est pourquoi il faut, encore une fois, créer un rapport de force politique et social. Aussi, il faut que tous les acteurs soient placés devant les responsabilités : Entreprises, Régions, Conseils Généraux, les Syndicats et les Associations…qui agissent déjà et doivent s’engager davantage dans une relation de confiance et d’objectifs partagés.
Au-delà des acteurs, ci-dessus, notre parti doit également mobiliser institutions et citoyens.
Nous devons nous appuyer sur un Etat dont les fonctions essentielles : éducation, formations, recherches, justice, sécurité, doivent être revalorisées et repensées.
Un Etat avec un service public dont le périmètre aura été revu. Un Etat qui donne tout son sens à la laïcité, valeur fondamentale pour la cohésion de notre société pour rompre avec les dérives communautaristes.
Un Etat qui participe à appréhender l’avenir économique et politique de la France, en Europe et dans le monde. En France, le mouvement de libéralisation et de privatisation est fort depuis le début des années 1990. Le CAC 40 abonde d’entreprises anciennement publiques. Le mouvement se poursuit avec EDF et GDF. Dans ce contexte, parler de prise de participation, de stratégie de l’Etat semble ringard et relever d’un autre monde.
Les entreprises ont besoin de l’Etat ! Il n’y a pas qu’en France où l’Etat achète des actions d’Alstom pour sauver le groupe et de nombreux emplois. Au Japon, où le gouvernement pour sauver le système bancaire a été obligé de re-nationnaliser un certain nombre de banques. De même aux Etats- Unis, des activités privées sont à nouveau publiques. Après le 11 septembre 2001, dans les aéroports des agents publics ont remplacé les agents privés.
Il paraît nécessaire de se demander si des secteurs stratégiques ne devraient pas être plus soutenus et maîtrisés par l’Etat. Pour maîtriser les ressources naturelles, pour s’approprier des informations stratégiques, le meilleur moyen reste le rachat d’entreprise. Le rachat de GEMPLUS (bien connu à Sarcelles) aurait profité à la CIA!
De même, dans le domaine du commerce pétrolier, le Chinois CNOOC a fait une offre d’achat à l’entreprise indépendante américaine UNOCAL, et le prix ne semble pas un problème. Pourquoi pas, demain ne déciderait-il pas d’acheter TOTAL !
Le rachat n’est plus uniquement déterminé par la recherche de synergie, des économies d’échelle ou de complémentarité. Il s’inscrit dans le cadre d’une stratégie publique et politique de contrôle et de mise sous tutelle.
Les bienfaits de la concurrence et de la compétition ont des vertus dans le cadre d’un marché « apolitique ». Celui qui se joue à l’heure actuelle dans le cadre de la mondialisation est loin de cet « idéal ». La guerre se déroule sur le plan économique, ce qui justifie encore plus un Etat fort et une Europe solidaire et force de régulation.
Ces quelques lignes, dans le cadre du débat à la préparation du Congrès ne prétendent pas être exhaustives. L’objectif est de souligner des problèmes et des questions jugées prioritaires (lutte contre le chômage et les exclusions – place et rôle de l’Etat). Il nous appartient maintenant, par la rigueur de nos débats et de nos décisions, de préparer ce prochain rendez-vous de la gauche et de la victoire.